Florence Bassono Kabore

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Florence Bassono Kabore

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Faso Attiéké

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Florence Bassono n’avait jamais envisagé de diriger une usine. En 2010, cette assistante de direction de formation apprend que son entreprise pourrait fermer ; plutôt que d’attendre, elle contracte un petit prêt de démarrage, dégage son arrière-cour et commence à râper manuellement du manioc pour produire de l’attiéké, ce couscous fermenté traditionnellement importé de Côte d’Ivoire. Ce qui n’était au départ qu’une solution de repli pour générer des revenus devient une véritable obsession : si le Burkina peut produire le manioc, pourquoi la valeur ajoutée — et les emplois féminins — devraient-ils venir de l’étranger ? Les voisins se moquaient de cette « employée de bureau » devenue éplucheuse de racines, jusqu’à ce que la demande dépasse l’offre.

Le succès a apporté de nouveaux défis : les intermédiaires contrôlaient l’approvisionnement en matières premières et les transformatrices gagnaient à peine de quoi vivre. Bassono a choisi l’intégration verticale, organisant 150 petits producteurs, majoritairement des femmes, et les formant à des pratiques agricoles intelligentes face au climat afin d’améliorer à la fois les rendements et la fidélité. Elle a structuré les équipes informelles en une micro-usine à la périphérie de Ouagadougou, où 70 % du personnel sont des femmes apprenant à la fois les normes de sécurité alimentaire et les bases de la gestion salariale.

Deux refus m’ont appris où m’améliorer », dit-elle. « La troisième tentative m’a donné la clé. WAYA n’a pas construit mon entreprise ; il a simplement levé les obstacles que je ne pouvais pas franchir seule.

Le catalyseur AGRA
Lorsque la subvention d’innovation VALUE4HER d’AGRA pour les chaînes d’approvisionnement entre femmes a lancé son premier appel à projets à la mi-2021, offrant jusqu’à 10 000 USD pour renforcer les liens commerciaux entre entreprises dirigées par des femmes, la proposition de Bassono était simple mais audacieuse : installer une presse de qualité alimentaire et un séchoir solaire, puis organiser une chaîne entièrement féminine — des productrices de manioc aux transformatrices et aux acheteurs grossistes — avec des contrats à prix équitables. Son projet a été retenu. Les fonds ont permis d’acquérir la presse, un séchoir solaire à 48 plateaux et des sacs tissés en vrac. Le programme d’aide danois PCESA a apporté un accompagnement en gestion.

En six mois, 200 transformatrices ont été formellement intégrées et formées, 150 producteurs ont obtenu des contrats à des prix supérieurs au marché local, le volume de production quotidienne a augmenté de 30 %, et les déchets de pelures ont diminué grâce à leur transformation en aliments probiotiques pour le bétail. L’effectif de l’usine est passé de 15 à 25 employés, dont 70 % de femmes. En 2023, le couscous Faso Attiéké approvisionnait les supermarchés urbains plutôt que les étals de rue, démontrant qu’un financement ciblé entre femmes peut transformer une activité informelle en chaîne de valeur structurée.

Par ailleurs, Florence a régulièrement postulé aux Women Agripreneurs of the Year Awards (WAYA) en 2022 et 2023. En 2023, elle n’a pas été finaliste, mais VALUE4HER, reconnaissant son potentiel, l’a intégrée au programme d’accélération de mentorat FAO–IAFN, la mettant en relation avec une agripreneure expérimentée. Ce mentorat a été un véritable tournant : il lui a permis de repenser sa stratégie, sa vision de croissance et son excellence opérationnelle. Elle a notamment compris que sans certification HACCP, les grandes surfaces ne collaboreraient pas avec elle.

Ainsi, lors de l’appel WAYA 2024, elle a candidaté une troisième fois, avec une proposition affinée grâce aux retours de son mentor. Cette fois, elle a remporté le prix de l’Entreprise Exemplaire de Création de Valeur. Ce prix distingue les entreprises dirigées par des femmes qui excellent dans la transformation de produits agricoles en produits à forte valeur ajoutée. Il était assorti d’une récompense de 25 000 USD, d’un mentorat prolongé et d’une visibilité accrue. Pour Florence, ce n’était pas seulement une reconnaissance, mais un levier d’accélération.

Quelques mois après, Faso Attiéké a étendu ses capacités. Le financement a permis l’acquisition d’un nouvel espace de production et d’un système de séchage solaire réduisant le temps de séchage de 4,5 heures à 2 heures, améliorant ainsi la productivité et l’hygiène, et consolidant les partenariats avec des supermarchés majeurs.

L’impact humain a été significatif : 76 des 88 employés sont des femmes, dont beaucoup sont des mères issues du secteur informel. Grâce au financement, 12 nouveaux emplois ont été créés, dont six pour des jeunes de moins de 35 ans. Florence a également mis en place un système de mentorat pour 13 micro-entreprises dirigées par des femmes.

Au niveau agricole, 83 nouveaux producteurs de manioc ont été intégrés et formés à des pratiques durables. L’entreprise a distribué 2,6 tonnes de biofertilisant et 57 % des producteurs ont constaté une amélioration des rendements. Florence a également structuré des contrats avec 3 000 producteurs, dont 60 % de femmes, garantissant des prix stables et des paiements fiables.

En décembre 2024, elle a dû faire face à une résistance sociale, certains maris s’opposant au travail en usine de leurs épouses. Elle a alors organisé la « Journée des maris Faso Attiéké » pour sensibiliser à l’entrepreneuriat féminin. L’événement a contribué à réduire ces résistances.

Florence reste lucide sur les prochaines étapes : certification HACCP, expansion nationale et augmentation de la production. Elle conserve son certificat WAYA dans son bureau comme rappel que la persévérance a ouvert les portes.

« Deux refus m’ont appris où m’améliorer », dit-elle. « La troisième tentative m’a donné la clé. WAYA n’a pas construit mon entreprise ; il a simplement levé les obstacles que je ne pouvais pas franchir seule. »